« Histoires de la plaine, nourri d’une violence sûre et intelligente, égraine séquence après séquence  une rigoureuse et implacable dénonciation des avatars de la culture du soja, un crime contre la terre et la vie de ses habitants. Sa simplicité s’impose émotionnellement et nous envoûte sans qu’on puisse échapper à la réflexion... Sa beauté immédiate nous touche pour mieux nous forcer à comprendre l’horreur  qui nous menace, l’horreur qui a eu lieu, l’horreur qui perdure.»

Jorge Lavelli, metteur en scène argentin

SYNOPSIS

Dans la pampa argentine, les terres autour de Colonia Hansen sont parmi les plus fertiles au monde. Pendant longtemps, des millions de vaches y vivaient en plein air. On disait que la meilleure viande de boeuf était argentine. Aujourd'hui d'immenses champs de soja transgénique ont pris la place des cheptels et couvrent la plaine jusqu'à l'horizon.  

 

Histoires de la plaine remue ces terres pour en faire jaillir des histoires qui racontent des massacres et des disparitions du passé. Des récits qui font écho à la survie et à la résistance des derniers habitants face à la destruction de l'environnement, des animaux et des hommes par la monoculture et les pesticides.

HISTOIRES DE LA PLAINE par Pierre-Julien Marest

« Argentine, la pampa, province de Santa Fé, Colonia Hansen ; l’une des terres les plus fertiles au monde. Une vaste plaine pourtant gorgée du sang de tous les cadavres : colons assassinés par des indiens qui furent, à leur tour, décimés par les colons, ou dépouilles anonymes des opposants aux différentes régimes assoiffés de silence. Point ne suffit : c’est désormais de pesticide et d’herbicide que l’on abreuve cette terre, jusqu’à plus soif. La main d’œuvre disparaît, les bénéfices de la firme Monsanto s’envolent. Un camion contenant 18 000 d’herbicide pur s’est renversé, a sali la terre, entrainant dans leur sillage un accroissement des taux de fausses couches et de naissances d’animaux difformes, presque mutants. Adieu maïs, blé, champs de pâturages, cette terre n’est plus le lieu que d’une immense monoculture : celle du soja.

Voici donc un film qu’on ne peut aimer, pas plus qu’on ne pourrait dire qu’on aime Nuit et Brouillard ou Le Sang des Bêtes. Et pourtant, si Seghezzi n’est ni Resnais ni Franju, elle sait comme eux mettre au service de son propos une mise en scène d’une effroyable beauté. Qu’il s’agisse de filmer le silence de la nature, où les quelques agriculteurs rescapés des environs, la cinéaste fait preuve de la plus belle des discrétion. Nous ne sommes pas chez Michael Moore, nulle envie de choquer, de culpabiliser.

Ce n’est pas une œuvre de dénonciation non plus, juste un constat, amer et lucide, ne ciblant personne en particulier, et donc chacun en général. Un état des lieux qui s’attache à démonter et exposer les rouages d’un vaste mécanisme. Ce « système », ce fonctionnement des choses qui, au fond ne serait diligenté par personne et pourtant par nous tous, dès lors que nous nous asseyons à la table d’un restaurant, ou nous achalandons dans tel commerce. Le végan qui se gave de steaks de soja ne saurait être épargné. 

C’est un film sur une humanité qui ne sait prévenir ses instincts suicidaires, et ne témoigne que d’un amour très relatif envers elle -même. C’est une vision bouleversante, effrayante, et néanmoins nécessaire et capitale. Et c’est aussi Les Temps modernes, des vaches suspendues par leurs pattes arrière à des rails. Leur incessant défilement devant des ouvriers munis de couteaux qui les égorgent à la chaîne. La systémisation industrielle et définitive de la mort, sombre écho aux heures les plus sombres de notre histoire.

C’est l’un de ses films si rares, appartement à cette liste si courte et jamais établie, des films à même de changer le regard de leurs spectateurs. C’est un générique final qui s’abat comme un furieux rouleau sur son public, le malmenant pour le vomir en âmes si secouées qu’elles se répandent inertes, dans la douleur, mais le regard ouvert. Dieu que l’on n’eut jamais souhaité voir tel film. On en sort meurtri, estomaqué, blessé à l’âme. Et c’est pour cela que sa vision est si nécessaire. »


L'EQUIPE DU FILM

réalisation CHRISTINE SEGHEZZI

montage CLAIRE ATHERTON

image WILLI BEHNISCH

son MARTIN VAISMAN

étalonnage ERIC SALLERON

montage son et mixage MAXENCE CIEKAWY

une coproduction avec LE FESNOY 

centre national des arts contemporains

avec le soutien du CNC centre national de la cinématographie et de l'image animée

 

lien vimeo https://vimeo.com/162811457

(contactez-nous pour demander le mot de passe)

LA REALISATRICE

Christine Seghezzi est née au Liechtenstein. Après des études de théâtre, cinéma et lettres à Vienne et à Paris, elle travaille comme metteur en scène et collaboratrice au théâtre et à l’opéra. En 2004, elle suit la formation à la réalisation documentaire aux Ateliers Varan et réalise le court-métrage «Chair de ta chair». Suivent les films «minimal land» (50 min., 2007, Zeugma films), «Stéphane Hessel, une histoire d’engagement» (52 min., 2008, Zeugma films), «Avenue Rivadavia» (67 min, 2012, La Vie est Belle films), insomnies (26 min., 2014, Zeugma films) et le long-métrage documentaire «Histoires de la plaine» (70 min., 2016). Actuellement, elle prépare un moyen-métrage en Espagne, «terre rêvée» avec Spectre Productions. Ses films ont été sélectionnés dans de nombreux festivals (Cinéma du réel Paris, Filmer à tout prix Bruxelles, Festival international des droits de l’homme, Paris et Vienne, FIPA,…) Parallèlement à ses films, Christine Seghezzi réalise un travail photographique.